Le coût de préavis « normaux » n'est pas insupportable


Les entreprises se plaisent à présenter le préavis des employés comme un pactole.
Soyons réalistes : l'ancienneté moyenne des employés en Belgique tourne autour de 11 années. Cette ancienneté ne va probablement pas s'allonger, vu la mobilité croissante dans les carrières. Cela signifie donc que le préavis légal moyen pour les employés est de 9 mois – et bien souvent 6 mois ; même pour les employés qui bénéficient de la grille « Claeys », les préavis supérieurs à 12 mois sont la minorité.
Pour atteindre les très longues durées de préavis dont les patrons font leurs caricatures, il faudrait qu'un employé soit resté 25 ou 30 ans au service d'une même entreprise. Si après une telle période de loyauté une entreprise veut jeter quelqu'un dehors, n'est-il pas normal qu'elle doive l'en aviser bien à l'avance ? Ce qui est scandaleux, n'est-ce pas qu'un ouvrier avec 30 ans d'ancienneté puisse aujourd'hui être licencié en 16 semaines ?


Par ailleurs, ce serait nous prendre pour des imbéciles de présenter une augmentation de la durée des préavis des ouvriers (voir proposition CSC) comme un simple « coût ». Dans une entreprise gérée convenablement, le licenciement reste l'exception, la majorité des travailleurs ne sont pas licenciés et le « coût » de leur licenciement est donc un coût purement théorique.
D'ailleurs la grande majorité des travailleurs bénéficie déjà d'une protection bien supérieure au préavis légal des ouvriers : tous les employés et cadres (sans parler des agents de service public) mais aussi une grande partie des ouvriers qui ont négocié par CCT des préavis améliorés.


Oui mais ...
Si des préavis « convenables » (comme ceux revendiqués par la CSC) ne sont pas une charge financière insupportable, pourquoi les fédérations patronales tiennent-elles tant à les diviser par 4 ou 5 ? Notre hypothèse est qu'en réclamant des mini-préavis les employeurs ne cherchent pas tellement une économie sur les préavis, mais sur les futurs salaires. Leur « nouveau droit de licenciement » conduira à ce que plus de travailleurs soient licenciés plus rapidement, et doivent recherche un nouveau job à des conditions inférieures (salariales et autres). Ce n'est pas par hasard que la proposition patronale se termine par « un régime de chômage à forte activation » : ce dont ils rêvent, ce n'est pas seulement de chômeurs nombreux : c'est de chômeurs nombreux et aux abois, obligés d'accepter un boulot moins bien payé.